Moments choisis
Le vieux de Jefman
Pour faire son interview, on l’avait attendu plus de quatre heures, et puis le vieux de Jefman est enfin arrivé. On a trouvé un petit bout de plage au calme pour faire son interview et enregistrer ses chansons. Déjà les vagues poussées par la marée nous léchaient les pieds et le soleil déclinait. Il fallait faire vite.
A la première question il a commencé à nous parler de toute sa famille, de son premier frère, de son deuxième frère, de son troisième … Alves qui menait l’interview a bien essayé de l’interrompre mais, c’était un vieil homme, on lui devait le respect…
Le soleil tombait toujours, le vieux de Jefman avait maintenant les chevilles immergées et des nuages noirs pointaient sur nous. On a réussi à avancer dans l’interview, il ne restait que les chansons à enregistrer.
Tout le sable de la plage était alors recouvert, on avait les pieds dans l’eau ; Sébastien a fait une dernière prise quand les premières gouttes d’eau arrivaient. Finalement on a juste eu le temps de prendre le bateau avant l’ondée. Ouf !
Le sourire de ce vieux au soleil couchant restera longtemps dans ma tête.
Coupeur de bois
Pour les besoins du film, il nous fallait une séquence pour montrer les impacts du saccage des forêts de Waigeo sur les écosystèmes marins. Nous avons donc suivi Ramadan dans une de ses journées de travail en forêt. Avec sa tronçonneuse géante, il parcourt le sud de l’île pour abattre les arbres les plus gros et les plus précieux.
Il nous a tout d’abord amené sur son chantier actuel, un grand merbaho abattu récemment et qu’il transformait en planche. La séquence terminée, il s’est tourné vers nous en nous demandant quel arbre nous souhaitions qu’il fasse tomber pour les besoins du film. À ce moment, un malaise s’est emparé de nous, il nous demandait de choisir quel géant de plus de cent ans nous voulions voir s’effondrer avec fracas. On s’est vu dans un mauvais film ou le héros doit choisir lequel des membres de sa famille va mourir en premier!
Voyant notre angoisse monter, il est parti faire un tour pour repérer un gros arbre vermoulu dont il ne restait que le tronc. Nous avons donc bien vite accepté et filmé la chute de ce bout de bois inerte. La séquence était bonne et notre conscience avait échappé a une séance de torture!
Avant la pêche de nuit à Teluk Mayalibit
On embarque dans une petite pirogue pour rejoindre le lieu de pêche. Assis sur la plateforme de bambou, on file au raz de l’eau. La nuit est noire et en hauteur, on distingue l’ombre des montagnes qui fait comme un calque sur le ciel. Elles sont hautes et toutes proches ; elles forment comme un impressionnant goulet autour de nous. (Lire la suite…)
























